• Les robes magiques (ma nouvelle)

    Les robes magiques (ma nouvelle)

     

    texte : Florence Marquise - 16 décembre 2008

     

    La voiture de la famille Landier fait route dans la campagne française, sous un ciel azur et la douceur de la fin d'été. Carine, la maman, regarde défiler le paysage d'un air confiant, tandis que Julien, le papa, conduit. Sur les sièges arrières, leurs enfants se chamaillent avec bonne humeur, impatients d'arriver. Damien, neuf ans, et Oriane, cinq ans, ont tous deux un visage angélique, les cheveux dorés, les yeux bleus ; ils ressemblent à leurs parents.

    Après plusieurs heures de trajet, ils arrivent enfin en région Bourgogne. Les voici en Côte-d'Or. Julien arrête le véhicule devant la barrière d'une maison ancienne. La famille a quitté l'appartement parisien pour s'installer dans cette grande demeure en pierres apparentes, héritage des grands-parents paternels de Carine. C'est à elle que la maison revient. Elle n'a ni frères ni soeurs ; ses parents n'en veulent pas, ils préfèrent la modernité de leur villa de Nice. Aussitôt, Carine et son mari tombent sous le charme de cette vieille demeure. Les enfants courent dans le jardin, ravis. A Paris ils n'en avaient pas. Le jardin a besoin d'entretien car cela fait des mois qu'il est à l'abandon. Julien s'y accomodera volontiers, il adore la nature. Comme Carine, il en a assez de la vie en appartement, du béton, des voisins curieux et bruyants. Ils seront mieux à la campagne, éloignés de tout. La ville la plus proche se trouve à une heure d'ici. Le couple savoure le calme de l'endroit et ses beautés, satisfait.

         Ils rentrent les bagages à l'intérieur de la maison et découvrent chaque pièce, vastes et bien éclairées, lumineuses, qu'il s'agisse du rez-de-chaussée ou de l'étage. Ils n'ont pas besoin de mobilier, vaisselle, ni linge ni objets, tout est déjà sur place. Une fois que tout est propre et bien rangé, la famille apprécie la sérénité de leur nouveau domaine. De leur appartement, ils ont seulement ramené leurs vêtements, ainsi que la télévision, le lecteur DVD, la chaîne stéréo et l'ordinateur. 

    Le soir arrive. Tandis que les enfants regardent des dessins animés à la télévision, leur père, lui, est en train de taper son roman sur le PC. Julien est écrivain. Carine ne travaille pas, elle s'occupe de leurs deux enfants.

    Ce soir-là, elle découvre le grenier pour la première fois. Même Julien ne l'a pas visité, ignorant son existence. Carine ouvre la porte avec la vieille clef qui grince dans la serrure. Voilà bien longtemps que personne n'est entré dans ce grenier. Carine découvre quelques meubles poussiéreux et usagés, le psyché ayant appartenu à son aïeule, de la vaisselle éraflée, des livres posés ça et là, un gramophone (véritable pièce de collection), entre autres...Tant d'objets délaissés par les grands-parents de Carine mais qu'ils n'avaient pas eut le coeur de jeter. Tout cela dort dans ce grenier mal éclairé.

    Soudain, le regard de la jeune femme se pose sur une vieille malle en bois. Curieuse de voir ce qu'elle contient, elle l'ouvre et découvre alors des robes longues de différentes teintes et confectionnées dans des étoffes chatoyantes. Ces toilettes ont jadis appartenu à sa grand-mère. Carine les contemple avec intérêt et les manipule, tremblante. Elle a toujours aimé les belles robes. Elle en porte chaque jour d'ailleurs, n'aimant pas les pantalons et les jeans, ce qui ravi son époux qui ne trouve pas cela féminin.

    Ces robes-là sont magnifiques ! Bien sûr, elles auraient besoin d'être lavées et repassées car cela fait plusieurs années qu'elles sont enfermées dans la malle. Carine a envie de les essayer, elle a la même corpulence que son aïeule qui, comme elle, était assez petite et mince. Arrive alors Julien qui la cherche partout. Il trouve Carine dans le grenier et demande ce qu'elle fait. Carine range la robe qu'elle tenait et referme la malle puis suit Julien à la cuisine. Il est l'heure de dîner. Avant de refermer la porte du grenier, Carine remarque avec étonnement la lumière qui se dégage de la malle pourtant fermée. Elle n'a pas rêvé...

     

    Dans la nuit, ne pouvant trouver le sommeil, Carine se lève doucement afin de ne pas réveiller son mari profondément endormi. Elle va à la cuisine et se sert un verre d'eau. Tout est silencieux dans la maison. Après avoir étanché sa soif, elle va dans les chambres des enfants pour vérifier s'ils vont bien et s'ils dorment. C'est chaque nuit un réflexe, une habitude maternelle depuis qu'ils sont tout-petits. Rassurée, elle sort des chambres et marche doucement sur le parquet craquant sous ses pas. Elle s'apprête à retourner dans sa chambre lorsqu'une lumière provenant du grenier attire son attention.

            Intriguée, elle remonte l'escalier menant au grenier. C'est la même lueur qu'elle a vu hier. Elle ouvre à nouveau la malle et, aussitôt, tout s'éclaire dans la pièce. Carine se sent attirée par les robes. C'est plus fort qu'elle, elle a envie de toutes les essayer. Elle enfile tout d'abord la robe bleu nuit et s'admire devant le psyché. Elle ressemble à une princesse ainsi.

    Soudain, comme par enchantement, elle se sent transportée ailleurs. En fait, cette robe (comme les autres, d'ailleurs) est magique : lorsqu'on en porte une, on est transportée dans un monde féerique, très différent de celui dans lequel on vit actuellement. Contraste énorme et saisissant ! La robe bleu nuit conduit Carine dans une contrée lointaine, paisible et merveilleuse. Elle se balade sous un ciel étoilé, dans un monde verdoyant peuplé de farfadets, d'elfes et de fées aux cheveux bleutés. Elle est émerveillée. Les étoiles lui sourient et dansent dans la voûte céleste, formant un ballet lumineux aux teintes d'or.

    Puis, Carine décide de mettre une autre robe, curieuse de découvrir dans quel monde celle-ci l'entraînera. Elle enfile donc la robe bleu ciel. Elle est alors plongée dans un univers estival où il fait toujours beau et où le ciel est toujours azur. Autour d'elle, de la verdure et des fleurs à profusion, des papillons, des oiseaux et des animaux heureux. Carine aperçoit des licornes dont la blancheur maculée ressort sous le soleil. En voyant toutes ces licornes gambader, la jeune femme ressent une grande émotion mélée de bien-être.

    Puis, elle enfile la robe rose. La voici au pays des fées de lumière où tout est rose, pastel et pailleté. Des centaines de petites fées virevoltent autour de Carine et l'accompagnent dans sa promenade. Que de découvertes elle fait ! Il lui suffit de porter une robe et elle est aussitôt transportée ailleurs. La magie opère à chaque fois.

    Elle revêt ensuite la robe verte. Elle se retrouve alors dans une contrée verdoyante aux paysages sublimes et sauvages qui ressemblent à l'Irlande ou l'Ecosse. Une musique celtique parvient à ses oreilles, entraînante et rythmée. Carine a envie de danser. Des elfes apparaissent et l'accompagnent.

     Après quoi, elle enfile la robe blanche. La voici dans un paysage enneigé et glacé, de toute beauté. Les arbres nus semblent figés par l'hiver, le ciel azur fait ressortir le manteau blanc de Dame Nature. La Fée des neiges guide Carine dans son royaume majestueux et peuplé d'anges. Au loin, Carine découvre le lac gelé ceint de sapins et de montagnes aux neiges éternelles. Un magnifique monde là encore...

    Elle enfile la robe violette. Le décor change brusquement. La voici au milieu de champs de lavande dignes de la Provence. Elle hume l'odeur attrayante de la lavande puis s'assied au pied d'un olivier et savoure cet instant qui lui semble éternel.

    Elle quitte la robe violette. Comme à chaque fois, elle se retrouve dans le grenier poussiéreux. Il lui reste encore cinq robes à essayer. Elle a envie de voir où elles l'emmèneront, c'est si amusant pour elle. Elle enfile la robe rouge. Elle se retrouve alors dans un monde éclatant peuplé d'étranges créatures souriantes, vêtues de satin et de voile rouge. Partout du rouge : fleurs, pierres précieuses...Le tout ressortant sous le ciel clair.

    Après quoi, Carine opte pour la robe orange. La voici au Pays d'Halloween, accueillie par des sorcières et des mages. Partout, se trouvent des citrouilles, des maisons décorées...Encore un monde fascinant mais qui ne plaît pas à Carine à cause de son côté lugubre et obscur. Les sorcières ne lui inspirent pas confiance et elle se débarrasse rapidement de la robe afin de quitter cet univers.

    Elle enfile la robe dorée. Un autre monde s'offre à elle : celui du Soleil. Ce dernier la regarde avec amusement et lui sourit. Autour de Carine, des centaines de petites fées vêtues d'or virevoltent, tandis que la nature offre à la jeune femme ses beautés éclatantes. Le ciel est constellé d'étoiles et d'étoiles filantes. Encore un univers enchanteur.

    Puis Carine revêt la robe argentée. Un autre décor se met en place sous ses yeux ébahis. Madame la Lune l'observe. Carine se retrouve assise contre elle tandis que l'astre précieux l'emmène dans le ciel nocturne. Elle la dépose à Venise. Elle découvre la célèbre Cité des Doges, ses canaux, ses gondoles et ses ponts. En ville, elle se mèle à une foule costumée et masquée, puis elle découvre les personnages de la Comédia Dell'Arte : Pierrot, Colombine et Arlequin. Ces derniers l'entraînent dans la danse. Carine est envoûtée par le son d'une flûte, par la magie de Venise. La Lune l'observe toujours, veillant sur elle...

    Revenue à la réalité, Carine regarde au fond de la vieille malle : il ne reste plus que la robe noire et elle est aussi belle que les autres. Elle l'enfile et se retrouve illico dans un cimetière au crépuscule. Le chant des grillons se mêle au hululement des hiboux et d'autres oiseaux nocturnes. Carine se balade longuement dans ce vaste cimetière fleuri orné de mausolées, de statues et d'anges. Ces derniers lui sourient et la suivent du regard. Soudain, elle reconnaît des silhouettes qui lui sont familières. Son coeur s'emballe dans sa poitrine et des larmes coulent sur ses joues tant l'émotion qu'elle ressent est intense. Face à elle, il y a ses grands-parents paternels, ainsi que ses aïeuls maternels et même un de ses oncles. Voilà quelques années qu'ils sont partis dans l'Autre Monde et ils lui manquent terriblement. Elle n'en revient pas de pouvoir les voir à nouveau, apparitions auréolées d'une lumière blanchâtre. Des anges les accompagnent... Ils sont revenus du Paradis pour lui tenir compagnie un instant. Mais ils ne peuvent s'attarder et s'en vont aussitôt. Seule dans le cimetière brumeux et paisible, Carine s'assied sur une tombe et se met à pleurer. Une colombe se pose alors sur son épaule et sa présence la réconforte. Puis, d'autres colombes se posent dans le cimetière. Oiseaux de la paix et de l'espoir. Oiseaux de grande beauté.

           

    Carine se réveille plus tard, allongée dans le grenier. C'est le matin et l'aube pointe son nez. Elle ne sait plus trop où elle en est. Rêve ou réalité ? Elle se redresse et regarde la vieille malle près de laquelle elle s'est endormie, encore intriguée et émue par ce qu'elle a vécu. Elle l'ouvre, tremblante : les robes sont bien là, entassées. Leur magie n'agit pas le jour, seulement la nuit.

    La porte s'ouvre : c'est Julien. Il se demande où est son épouse, étonné et inquièt de ne pas la trouver à ses côtés dans le lit conjugual. Tandis qu'il l'aide à se lever, Carine lui raconte ses aventures. Il l'écoute d'une oreille attentive et distraite en même temps, se demande s'il doit la croîre ou pas. A la cuisine, ils retrouvent leurs enfants qui viennent de se lever et attendent le petit-déjeuner. Damien et Oriane embrassent leurs parents avec chaleur, se blottissent dans leurs bras. Tandis qu'ils mangent, Carine raconte ce qu'elle a vécu. Damien demeure sceptique, comme la plupart des garçons il ne croît pas aux contes de fées. Oriane, elle, est fascinée et croît tout ce qu'elle dit. Comme elle aurait voulu être avec sa mère la nuit dernière !

          

        Le soir venu, Carine emmène sa famille dans le grenier pour leur montrer les robes dans la malle. Une fois cette dernière ouverte, les superbes atours scintillent. Julien et les enfants sont bouche-bée. Ils ont envie de découvrir à leur tour des mondes inconnus. Carine ne portera pas toutes les robes, une seulement : la blanche. Elle a tant aimé le pays de la Fée des Neiges. Julien et les enfants joignent leurs mains à celles de Carine. Ils se retrouvent dans le monde hivernal et sublime. Peut-être en reviendront-ils un jour, qui sait ?

     

     

    Les robes magiques (ma nouvelle)

     

    INFOS 

      Cette nouvelle a été publiée en 2011 dans la revue gothique / fantastique "La Salamandre" (dans le numéro 15) par le journaliste / écrivain Marc-Louis Questin (à présent la revue n'existe plus)